Le Parlement néerlandais ouvre le débat sur la création monétaire

Suite au succès d’une initiative citoyenne qui a collecté plus de 100.000 signatures, le parlement néerlandais a organisé une audience sur le thème de la création monétaire.

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Suite au succès d’une initiative citoyenne qui a collecté plus de 100.000 signatures, le parlement néerlandais a organisé une audience sur le thème de la création monétaire.

Il y a environ 9 mois, le mouvement néerlandais Ons Geld (Notre argent), équivalent de Monnaie Honnête en Hollande, a lancé une pétition pour un débat sur la création de monnaie en Janvier 2015. Suite à l’énorme succès en une si courte période, la pétition avait été soumise au président du comité pour les initiatives citoyennes au sein du Parlement néerlandais le 21 Avril 2015.

Conformément à la procédure parlementaire, une audience sur la création monétaire a eu lieu au Parlement avec le Comité des finances le 14 Octobre dernier, avec la participation de 4 des fondateurs de Ons Geld, un représentant de la banque ING basée à Amsterdam et la DNB (la banque centrale «indépendante» néerlandaise) ainsi que de l’AFM (Autorité des marchés financiers).

L’audience a commencé avec un discours d’introduction par les organisateurs de l’initiative citoyenne pour résumer leur proposition. Ons Geld était représenté par Edgar Wortmann et Van Houts qui ont brillamment décrit le système bancaire en vigueur qui accorde un privilège aux banques de créer de l’argent et que l’initiative vise à établir une « séparation claire entre l’argent et le crédit. »

« L’argent est quelque chose que le gouvernement devrait créer et mettre à la disposition. Le crédit appartient au marché », a déclaré Wortmann. Enfin Luuk de Waal Malefijt a souligné trois grands obstacles à surmonter dans le débat sur la création monétaire, à savoir l’analphabétisme de la population en matière monétaire, les carences dans l’enseignement de l’économie et les conflits d’intérêts.

OnsGeld a reçu un tonnerre d’applaudissements en réponse à leurs discours d’ouverture. Ce fut la première fois que le public de la Chambre basse avaient applaudi les orateurs, ces ovations ont d’ailleurs été supprimées sur la vidéo en ligne.

La parole a ensuite été donnée à 8 membres du Parlement néerlandais des différents groupes politiques qui ont eu l’occasion de poser des questions aux représentants du mouvement. Répondant à une question sur le processus pour parvenir à une réforme monétaire, Martijn Jeroen van der Linden a défini cinq étapes:

1. Créer un nouveau type de licence bancaire permettant aux gens de réellement déposer de l’argent sans risque
2. Expérimenter les monnaies virtuelles, tout en restant dans le cadre juridique de l’UE
3. Convertir toutes les dépots en monnaie électronique
4. Remboursement de la dette nationale avec l’argent nouvellement créé
5. Redistribuer l’argent créé et non utilisé pour la remboursement de la dette sous la forme d’un dividende citoyen

La troisième partie de l’audience a été consacrée à un échange de vues entre l’initiative et les ‘parties intéressées’ : La banque multinationale basée à Amsterdam ING, DNB (banque centrale néerlandaise) et l’AFM (Autorité des marchés financiers).

Première M. Polmanand (AFM) a souligné tous les efforts déployés par l’Autorité financière néerlandaise pour réduire les abus et les risques dans le secteur du crédit, mais ne fit pas de commentaires sur la réforme proposée, bien qu’il était d’accord avec OnsGeld sur la nécessité d’expérimenter avec les monnaies virtuelles avant que des acteurs privés proposent leur propre alternative.

Dirk Bezemer, professeur à l’Université de Groningen qui a décrit l’argent souverain comme « une solution des années 1930 pour les problèmes des Pays-Bas en 2015 » en faisant valoir que le système actuel pourrait être surveillé et géré d’une meilleure façon.

Klaas van Egmond, professeur de sciences de l’environnement et de la durabilité à l’Université d’Utrecht, a ensuite présenté les principales conclusions du papier de l’économiste du FMI Michael Kumhof « The Chicago plan Revisited ». Puis Van Egmond a fait valoir qu’un système monétaire dans lequel tout l’argent serait créé ex nihilo par le gouvernement et où les banques et les autres prêteurs prêteraient seulement de l’argent déjà existant, permettrait de simplifier le travail des pouvoirs financiers, en rendant presque obsolète la nécessité d’une supervision financière.

Ensuite, ING économiste Teunis Brosens a fait trois critiques de l’initiative. La première – assez confuse – était que la création d’argent est un sous-produit du crédit, et donc le vrai problème est le crédit, « qui est une épée à double tranchant ». Deuxièmement, de nombreuses réformes en matière de crédit sont en cours, nous devons donc leur donner une chance avant de les critiquer. Et troisièmement, la concentration des pouvoirs de création d’argent dans une institution publique va attirer beaucoup de pressions sur elle, ce qui compromet son indépendance.

Enfin, Jan Marc Berk de la banque centrale néerlandaise a fait un discours plutôt défensif, détournant la conversation en faisant valoir que les banques ont aussi leur rôle à jouer dans la société et si elles remplissent correctement ce rôle, elles sont en mesure d’amortir les chocs au cours des cycles économiques, et en insistant sur le fait que la création de monnaie est une réponse à une demande de crédit. Enfin, le banquier central a rappelé au public, que la dépendance des Pays-Bas à l’égard de son commerce extérieur et de l’Union européenne est un obstacle possible à la poursuite de la réforme monétaire.

Puis a suivi une discussion entre tous les participants permettant aux députés de poser d’autres questions. Une des questions cruciales était sur la nature de l’argent: l’argent est il nécessairement de la dette? Cette question a suscité un débat intéressant entre les promoteurs de l’initiative et le professeur Bezemer.

Voici l’enregistrement des débats avec des sous titres en anglais (un transcript en anglais est également disponible ici):